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06 décembre 2006

Halgorologie, brizère, jacavarer

La Journée d’Appel de Préparation à la Défense (dénomination douteuse … sommes-nous appellés à nous préparer à nous défendre ?) est l’occasion pour l’État d’établir ses chiffres quand à l’illettrisme de ses jeunes citoyens. Pour ceci, il leur soumet une liste d’une soixantaine de mots, dont certains font partie de la langue française, et dont d’autres y ressemblent seulement. La liste contient donc un certain nombre d’hapax googliens qui ont dû être jouissifs à inventer. Au départ, la ségrégation est flagrante : arbre, pijjul ?

Évidemment, pijjul, jamais vu. Deux j consécutifs, pas d’hésitation. Ensuite, des mots qui, pour quelqu’un qui pratique quotidiennement le Français, ne font pas de doute. Je me demande par contre où les auteurs d’un tel test ont été chercher leurs pièges : cardilophe, filegemment, ordicter, bourvonne, gorsoir, virtibuel, surtagitation, viliesque, gargodonte (+ ceux du titre de cette note !) … j’ai repéré en tout cas que ces néologistes statisticiens apprécient particulièrement les mots débutant par la lettre P. Ne sont-ils pas tellement suggestifs ?

Nous avons le périrophe, qui ressemble à un terme d’architecture ou de grammaire, le phébardage qui ressemble à un archaïsme de la marine, pandoyer et plaîdre, deux verbes qui collent bien au jargon médical ou peut-être judiciaire, la plaugue et le ploud (genres estimés !) ne donnent pas envie de tomber dedans, phalancodre rappelle un monstre mythologique, parambule fait rêver, Pambala est une ville du Mozambique, mais pas un mot français.

Vers la fin du test, les vrais pièges se tendent au francophone : félon, épitaphe, pourpoint, taurillon, rhapsodie, sibyllin et simiesque figurent bien dans le dictionnaire, mais ne font pas partie du vocabulaire fréquent de jeunes de 17 ans !

Après le test reprend le difficile exposé des militaires qui nous encadrent sur la citoyenneté et la défense (les militaires n’ont pas de problèmes avec les mots, mais ils partagent en général avec les sportifs cette capacité d’apprendre de nombreux termes techniques sans jamais savoir à quelle sauce les mettre dans une phrase (cette reflexion est très arrogante)). Comme pour continuer le test sur le discernement lexicologique, le grisonnant attaque en faisant remarquer que la première mission de l’armée est d’annihiler les velléités de belligérance. Tout le monde soupire, et trouve ça relou. Petit jeu : que vous suggèrent les mots du deuxième paragraphe ?

11:35 Publié dans L'émail des mots | Lien permanent

Trackmachins

Modeste contribution au dictionnaire des néologismes d'origine pijjulienne

Liminaire : Il est vivement recommandé de lire l'article de Simon avant de jeter les yeux sur ce qui suit.   CARDILOPHE, adj. - Se dit d'un chirurgien qui se recoiffe pendant une opération à coeur ouvert.  GARGODONTE, n.c. - Borborygme...

Trackback par : Touraine Sereine | 06 décembre 2006

Sur les chemins du web

Big boîte mail is watching you, toutes les stars de la presse catholique sont présents pour un débat en ligne lundi prochain sur le forum catholique.
Pour se préparer à défendre notre pays, le blogueur oranginal participe à la guerre des mots : cardil...

Trackback par : ANNALES histoire société christianisme | 12 décembre 2006

Commentaires

Euh, c'est vraiment cela, le test qui permet de déterminer le nivau d'illettrisme...? En l'occurrence, si ton résumé est représentatif, ça ne semble guère probant, car l'illettrisme, c'est plutôt de ne pas connaître des mots plus courants comme "stratégie" ou "territoire" (c'est-à-dire de ne pas savoir les identifier en contexte, ni les employer).

L'illettrisme, c'est aussi (entre autres) : 1) confondre le participe passé et l'infinitif des verbes du premier groupe 2) ne pas savoir conjuguer des verbes courants (manger, finir) à l'indicatif présent 3) ne pas accorder un verbe avec son sujet.

Mais là, on déboucherait sur 70% d'illettrés en 2006 (contre 20% en 1980), et ça compromettrait gravement l'idée que le "niveau" ne "baisse pas".

Bon, j'arrête de faire mon vieux schnock, en attendant qu'Astolphe me prête main-forte ! Astolphe, à l'aide !

Par MuMM, le 06 décembre 2006 à 17:52

Pijull ça n'existe pas ? Tu es sûr ?

Zut, il faudra que je songe à le rayer de mon vocabulaire...

En tous cas il semble que l'on s'amuse bien à la JAPD.

A l'époque des "3 jours", qui ne duraient d'ailleurs qu'une seule journée, on ne riait pas tant : on se contentait de faire la queue en petite tenue avant de faire pipi dans un bocal.

C'était plus viril et plus martial que ces subtils jeux de mots et c'est sans doute la nécessité d' "annihiler les velléités de belligérance" qui a conduit à inventer de nouveaux amusements.

Par Guillaume, le 06 décembre 2006 à 18:08

Mais si, "pijull" existe, voyons ! C'est "pijjul" qui n'existe pas. Ils sont retors, ces militaires...

PIJULL, n.c. - Pitbull de Banjul.

Par The Otherest Guillaume, le 06 décembre 2006 à 18:14

MuMM > Non, mon article n'est pas représentatif du test en général. Pour cette épreuve, les mots cités dans le pénultième paragraphe sont les seuls qui selon moins pouvaient porter à confusion, le reste était à la portée de tout non-illettré. Le texte comportait d'autres épreuves :
- énergie-enerjie : ces mots ce prononcent-ils pareil ?
- lecture et compréhension d'un programme de cinéma
- question de compréhension (à portée vaguement grammaticale) sur un extrait du Bail de sikhs de Joffo.

Guillaume > Nous n'avons pas pissé dans des bocaux, toutefois, nous avons appris à embrasser un mannequin en latex pour le réanimer ! C'est-y-pas viril, ça ? (Blague à part, l'intervention de la Croix Rouge était intéressante)

Par Simon, le 07 décembre 2006 à 00:56

De ce que je me souviens il n'y a pas que ça dans le test de lecture. Il y a aussi un texte genre trèèès simple et des questions. Je crois que moi j'avais eu un programme de cinéma. Vraiment niveau Cp-CE1, mais vraiment.
Ben c'est clair qu'avec ça ils mesurent pas l'illetrisme jusqu'à savoir qui différencie un participe passé d'un verbe à l'infinitif, mais ça n'est pas le but non plus.
Et quand à la liste de mots, ils font une moyenne, bien sûr^^

Par Elsa, le 09 décembre 2006 à 10:59

>MuMM

« Astolphe, à l'aide ! »

Quoi, quoi, quoi ? Qu'ouï-je ? Ach ! Eunazeure djobe fore Sioupeurschnock !

Le fait est que je me dois bel et bien de répondre à votre appel, cependant, devant la pertinence de votre commentaire, auquel je ne saurais ajouter grand'chose sans risquer la redite, mon aide, par ailleurs passablement tardive, ne pourra être que purement symbolique, réduite par le fait à une sorte de soutien psychologique pour vous assurer que votre schnockisme appliqué au respect de ce bien commun qu'est notre langue n'est que broutilles en comparaison du mien, puisque je suis moi-même à deux doigts de considérer comme illettrés ceux qui affirment habiter « sur » Paris ou « sur » Panzoult, qui sont « très bière » ou « très galette » ou bien qui sont « en charge » de tel ou tel dossier de la plus haute importance, comme par exemple l'introduction sur le marché parisien des fouaces panzoultaises à la levure de bière. Toujours est-il que j'estime quant à moi que ces barbarismes répétés à l'envi sur les ondes comme dans nos conversations quotidiennes (peut-être pas dans les vôtres mais dans les miennes en tout cas) par des gens censés bien s'exprimer – et c'est là le plus triste – sont bien plus graves que l'ignorance par le plus grand nombre du sens de « prolégomènes » ou de « boustrophédon », et, oserai-je écrire, plus désolantes encore que la non-maîtrise des termes de « félon », « épitaphe », « pourpoint », « taurillon », « rhapsodie », « sibyllin » ou « simiesque » par une (trop) grande partie de nos concitoyens, même si je n'ignore pas que, de façon générale, le manque de vocabulaire est à l'origine de la fermeture à toutes ces personnes de pans entiers du savoir et de la culture, ce qui, personnellement, m'afflige.

Est-ce à dire que je fais pour autant de vous un vieux schnock au petit pied, voire un ayatollah au rabais, eu égard au caractère trop timoré de vos anathèmes ? Certes non car vous me semblez vous aussi faire parfois preuve en la matière d'une belle intransigeance, ma foi fort réjouissante pour un affreux réac comme moi (tout au moins en ce domaine bien précis de comment qu'on cause). Disons plus simplement que cette histoire de petit pied (« vieux schnock au petit pied », ai-je écrit) n'est là que pour me permettre de rebondir sur cet organe à orteils trop souvent dénigré et m'assurer par là même une transition facile vers la dernière bourde langagière en date de la « Nouvelle République », qui n'en est jamais tout à fait à court il est vrai. Bourde des plus traditionnelles, à vrai dire, puisqu'il s'agit rien moins que de la toujours aussi tordante faute consistant à mettre l'expression « en grande pompe » au pluriel, encore récemment commise, donc, par notre chère Nounou (que je critique, comme ça, mais qu'il m'arrive plus souvent qu'à mon tour de défendre, certes un peu mollement, lorsque l'extrême gauche en fait un instrument aux mains de la grande bourgeoisie de province ou lorsque la droite feint d'y voir l'organe officiel du petit grassouillet à la tête de la bonne ville de Tours, mais bon, une fois de plus, je m'égare quelque peu). En l'espèce, le fait d'avoir écrit qu'une artiste locale avait inauguré ((sic) ou pas (sic) ?) son dernier livre « en grandes pompes » ne signifiait rien d'autre que celle-ci portait de grandes chaussures, ce qui n'était cependant pas forcément le cas dans les faits (il y a plus hilarant dans le genre, je vous le concède ; il n'empêche que lorsque c'est notre président bien-aimé qui accueille « en grandes pompes » tel ou tel dictateur ou le pape qui canonise « en grandes pompes » tel ou tel vieux franquiste décrépit, je me bidonne).

>Simon

Merci à vous de nous apprendre dans votre réjouissante note que l'oulipo a pénétré dans nos casernes, ce qu'a effectivement, à la suite de ladite note, fort bien mis en lumière l'éminent Guillaumec sur son blog. Je doute toutefois quant à moi que ce soient les militaires qui aient élaboré les plaisants néologismes que vous avez eu la bonne idée de nous faire connaître.

J'ai subi, moi aussi, ce genre de tests il y a près de vingt ans, à l'occasion de « mes » (j'ai toujours un peu de mal à établir un lien de possession avec ce genre de plaisanterie) trois jours (qui, comme l'a justement écrit le non moins éminent Guillaumel, ne duraient déjà plus depuis belle lurette qu'une seule journée, comme quoi tout se perd depuis déjà un bon bout de temps dans notre pauvre France) mais je ne crois pas me souvenir que les mots-pièges qui nous furent proposés à cette occasion aient été aussi croquignolets.

Par Chieuvrou, le 09 décembre 2006 à 12:00

Guillaumel écrit des méls. Guillaumec, c'est vrai mec !

Par Guillaumec, le 09 décembre 2006 à 17:24

Bonjour
Je cherchais le mot ploud sur google et suis donc tombé par hasard sur cet article intéressant sur ce magnifique test JAPDien.
Sachez que depuis que j'ai passé la JAPD (ou plutôt depuis qu'un ami l'a passée ensuite, moi ça m'était sorti de l'esprit) je suis désespérément à la recherche de plouds. C'est fou ça, on demande à des gens si ils ont pas un ploud (si si, j'ai même une pancarte "Je cherche un ploud"), ils savent pas ce que c'est. Pourtant, tout le monde sait ce que c'est, un ploud ! Si ils le demandent à la JAPD, ça doit bien exister...
Allez, Tschüss, et vivent les plouds !

Par Tohwi Qwalzarci, le 13 juillet 2009 à 20:26

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