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28 juillet 2006

Participer de

Connaissez-vous l'expression "participer de" ? Contrairement à ce que quelques pédants croient en l'utilisant, elle ne sert pas de synonyme gargarisant à l'expression "participer à", mais signifie "relever de" ou "présenter les caractères de".

J'ai visité récemment le Clos Lucé à Amboise (dernière demeure de Léonard de Vinci, qui est selon mon petit jugement et ma maigre culture l'un des plus grands penseurs de tous les temps). A l'issue d'une visite globalement assez décevante*, on nous y projette un film (plutôt médiocre) sur le maître italien. L'expression "participer de" y est utilisée au moins à deux reprises dans le sens de "participer à", et personne ne dit rien.

Ladite locution (est-ce bien une locution ?) est rare, certes, mais je l'ai entendue récemment dans la bouche de François Hollande** dans l'émission (intéressante) "Le Contrat" sur LCP. J'ai cru le prendre en cuistre, mais je ne pense pas. Il faut dire que dans certaines phrases, les sens se recoupent, comme par exemple si on dit "Nos efforts participent à la sûreté nationale", ça revient un peu à dire "Nos efforts participent de la sûreté nationale". Ca m'apprendra à vouloir piéger les énarques.

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* La visite de la maison de Léoci de Vingtnard est intéressante, on y voit du mobilier d'époque ou ultérieur, ainsi qu'une pléiade de citations de l'oeuvre littéraire du génie, citations qui prêtent à réfléchir et qui mettent un peu d'interactivité dans la froideur du lit à baldaquin. Le problème, c'est que toute la suite de la visite (jardins et minifilms) s'articule autour de ces extraits. A la fin, on a pas appris grand chose sur Léonard, mais on connait par coeur ses citations (parfois bidons), récitées par des acteurs à la voix grave et barbue ! Finalement, on tourne en rond, puisqu'on ressasse toujours les mêmes infos et que le touriste est pris pour un imbécile (la moitié des "machines géantes" sont des atrappe-cons). De plus, il faut payer en plus pour voir l'expo sur la Cène (tableau de De Vinci notamment détourné pour le chef-d'oeuvre scénaristique Da Vinci Code), et les visites guidées n'ont lieu que le matin (et le matin, je dors). Une déception, pour le prix que ça coûte ... (Tout ça n'engage que moi !)

** Ma mère me faisait remarquer que le couple Royal-Hollande n'était pas vraiment avantagé au niveau patronymique pour devenir président de la République Française ! C'est pas faux !

15:25 Publié dans L'émail des mots | Lien permanent

Commentaires

lol

Par ezaekiel, le 28 juillet 2006 à 15:47

Je te rejoins dans ton commentaire sur le clos lucé : très décevant!

Par Zorglub, le 28 juillet 2006 à 18:09

Bon peut-être que la visite du Clos Lucé t'a déçu. Mais elle aura servi à tous les khâgneux historiens de mon époque!
Sinon un autre artiste qui a détourné le tableau de Léonard de Vinci qui représente la Cène l'a fait au cinéma. Il s'agit, à mon avis (et pas seulement le mien), d'un homme bien plus talentueux que Dan Brown : Luis Bunuel dans "Viridiana".
Bon courage pour continuer à nous expliquer certains emplois impropres de la langue française! C'est instructif!

Par caro, le 28 juillet 2006 à 21:18

"Ladite locution (est-ce bien une locution ?)"
Oui, c'est une locution capillaire.
Aussitôt entré, aussitôt parti, je sors :-p

Par Chandelin, le 29 juillet 2006 à 18:38

Sur la distinction entre « participer à » et « participer de » :

Il y a encore plus fort : le verbe, ou plutôt les verbes « ressortir », tant il est vrai qu'il ne s'agit plus ici, comme dans le précédent cas, de deux emplois différents du même mot mais bien plutôt de deux verbes distincts.

– Le plus courant, qui appartient au troisième groupe, signifie bien entendu, dans son acception la plus commune, « sortir de nouveau ». Il se conjugue, selon le contexte, avec les auxiliaires avoir ou être et s'emploie, le cas échéant, avec la préposition « de » : "Pas pensé tout à l'heure à prendre des champignons pour la blanquette. Tant pis, vu le temps, je ressors pas exprès pour ça" (Bernard-Henri LÉVY, Journal, Grasset 1998) ; "Dès qu'un journaleux s'avise de me chercher des noises, je ressors illico de mes archives un dossier le concernant. Putaing, je vais pas me laisser emmerder !" (Charles PASQUA, De Ricard à Tricard. Mémoires, Plon 2006).

– Le second appartient au deuxième groupe et signifie « qui est du ressort de ». Il se conjugue avec l'auxiliaire avoir et se construit avec la préposition « à » : "L'affaire du coup de boule de Zidane ressortit (et non ressort) aux instances de discipline de la FIFA" (L'Équipe, 10 juillet 2006) ; "Alors comme ça, il paraît à certaines bonnes âmes que nombre de mes agissements passés ressortissent aux juridictions pénales ? Non mais, qu'est-ce que c'est que ces fadas, ils veulent des coups de matraque ou quoi ?" (Charles PASQUA, De Ricard à Tricard. Mémoires, Plon 2006).

Sur le parler des énarques :

Je ne souscris pas entièrement à votre affirmation selon laquelle François Hollande, dans l'exemple que vous citez, a effectivement employé à bon escient la locution « participer de » au motif qu'il n'est pas énarque pour rien. On sent en effet derrière cette dernière remarque comme une croyance dans un lien de cause à effet entre l'enseignement dispensé à l'E.N.A. et la maîtrise des petites subtilités de la langue française. Or, à entendre nombre d'énarques causer dans le poste, ce lien ne me paraît pas quant à moi forcément établi, même si je n'ai aucun grief spécifique à faire à ce sujet au premier secrétaire du Parti socialiste. Entendons-nous bien : je me sens tout aussi étranger que le serait un Mandchou à Marrakech avec ce courant de pensée anti-E.N.A. qui va des poujadistes des années 50 aux actuels libéraux en passant par le pilier de comptoir de base, et ne suis du reste pas loin de penser que, en dépit de la grande uniformité de l'origine sociale de ses élèves, cette école remplit vraisemblablement la fonction que lui avait assignée Michou-la-Colère lorsqu'il l'a fondée à la Libération. Toutefois, en ce qui concerne la langue de ceux qui y sont passés, j'y vois plus, en dépit des quelques envolées lyriques du Galouzeau de Matignon, un amas de formules stéréotypées (celles-là mêmes que tentait maladroitement d'imiter Jean-Pierre Raffarin au temps de sa gloire) que la rhétorique, devenue certes un peu désuète mais ô combien plus galvanisante, de Gambetta, Jaurès ou Clemenceau. Quant à la maîtrise de la syntaxe proprement dite par les énarques, elle résulte plus à mon humble avis du milieu dont ils sont issus que de l'enseignement qui leur a été dispensé lors de leur passage dans cette école, où la langue française, à ce que j'ai lu, est davantage envisagée sous l'angle de son efficacité au service du « décideur » que pour sa beauté proprement dite. Ne dit-on pas ainsi que la fortune du mot «solutionner » depuis déjà quelques décennies tirerait son origine des cours de prise de parole en public que reçoivent les élèves de l'E.N.A., dans lesquels ces derniers se verraient notamment conseiller de préférer ce verbe très moche du premier groupe au verbe « résoudre », beaucoup plus difficile à conjuguer et offrant par là même à qui s'avise de l'employer à l'imparfait de l'indicatif ou au présent du subjonctif de grandes chances de se planter en beauté devant son auditoire.

Sur les références cinématographiques à la Cène de Léonard de Vinci :

Une autre représentation de la Cène est montrée dans M.A.S.H. de Robert Altman (le banquet des chirurgiens pour le « départ » de Polak Indolore), ainsi que, me semble-t-il (sans en être toutefois totalement sûr car je l'ai vu il y a très longtemps), dans Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, de Jean Yanne.

Par Chieuvrou, le 04 août 2006 à 08:13

Salut,
alors je sais, parler sur un vieux billet, ça agace peut-être, mais j'ose espérer que ça surprend aussi.
Je me permets une remarque, qui peut très bien devenir une question. Je m'étonne de l'emploi de l'expression "chef-d'oeuvre scénaristique". Voici deux réserves.
-Si le scenario est un chef d'oeuvre, et que le film est une adaptation d'un livre, pourquoi le livre ne l'est pas ? Il est possible que tu ne l'aies pas lu et que tu ne veuilles pas t'avancer, ou que dans le livre même tu aies préféré l'histoire à sa narration.
-Si on parle d'une oeuvre d'art comme d'un chef d'oeuvre, ne doit-on envisager tous les aspects de cet art dans cette oeuvre ? Il me semble que l'expression que tu emploies en appelle d'autres, et bien plus singulières, ainsi on pourrait dire que "Vercingétorix" avec Christophe Lambert est un chef d'oeuvre quant aux costumes.

Que tu aies déjà une réponse, que tu ailles finalement dans le sens de mes réserves, ou que tu ne ressentes pas le besoin de répondre, je concède d'avance que ce n'est qu'un détail, que ce n'est pas la mort du petit cheval, et
je te souhaite une bonne journée/soirée...

ps: et vu la date à laquelle je publie, bonne vacances
pps: je susi tombé sur le billet en cherchant "participer de", merci.

Par Luccio, le 05 août 2009 à 22:28

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